Sous les jupes des Demoiselles

Cette cabanes a été faite pour Emma.

Emma rêvait de dormir dans un film de Jacques Demy mais elle rêvait aussi d'amour éternel.

Je me suis dis que le film "Les demoiselles de Rochefort" était sûrement celui qui lui correspondait le mieux et j'ai eu envie de répondre à sa quête amoureuse.

J'ai enregistré de nombreuses personnes en leur demandant de me raconter une histoire d'amour qu'elles avaient vécue, une histoire qui pouvait être brève, joyeuse, triste, imaginaire.
A d'autres, j'ai aussi proposé de faire une déclaration d'amour à Emma.
Plusieurs garçons se sont prêté au jeu, chacun avec sa propre sensibilité.
Et puis, le poème "La Marche à l'amour" de Gaston Miron s'est glissé dans la bande son, lu à plusieurs voix entrelacées.
C'est Benjamin Silvestre qui s'est chargé de donner corps à ce patchwork sonore.

Avec Eloïse Descombes, nous avons fabriqué une chapelle, qui serait comme un océan, ode à l'amour naïf et pur qui existe dans les demoiselles de Rochefort.
J'ai dessiné des vitraux que Lucille Frouillou m'a aidé à rendre vivants.

Laurent Qui a conçu et cuisiné un repas coloré et magnifique que le comédien Mathias Minne est venu livrer le soir en interprétant une chanson.

Dans la tarte au pommes d'Emma se trouvait une clé. Cette clé ouvrait la boite présente sur l'autel de la cabane. A l'intérieur de la boîte, un poème de Fernando Pessoa nommé "Eros et Psyché".

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Eros et Psyché

 

La légende raconte que dormait,

Frappée d'enchantement, une Princesse

Que seul viendrait à éveiller

Un Infant, lequel surgirait

De bien plus loin que le mur de la route.

Il devait, dans la tentation,

Vaincre le bien comme le mal,

Avant de pouvoir, vraiment libéré,

Laisser de côté le chemin d'erreur

Pour le chemin qui mène à la Princesse.

Or cette Princesse Endormie,

Si elle attend, c'est en dormant.

C'est dans la mort qu'elle rêve sa vie,

Et son front d'oubli est orné

Par le vert d'un bandeau de lierre.

Au loin l'Infant, bien vaillamment,

Sans savoir quel but il poursuit,

Force la route ensorcelée,

Prédestinée. D'elle il est ignoré.

Elle n'est personne pour lui.

Mais chacun d'eux accomplit le Destin -

Elle, endormie dans son enchantement,

Lui, dans la quête aveugle où il la cherche

Grâce à l'acte divin

Qui fait exister le chemin.

Alors, pour si obscur que soit

Tout ce qui survient le long de la route,

Et si trompeur, il s'approche, infaillible,

Pour parvenir, vainqueur de la route et du mur,

Au sommeil où elle demeure.

Puis, encore grisé de ce qu'il y avait eu,

Comme monte l'effluve exhalé du jusant

Il élève sa main au visage, et rencontre

Le lierre, et comprend qu'il était

Lui-même la Princesse qui dormait.

Fernando Pessoa

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